(désolé, cette application ne semble pas gérer les sauts de ligne).
Une petite merveille de la littérature économique moderne sur le thème de l'économie politique.
L'auteur remet en question l'hypothèse de rationalité des électeurs. Il affirme, preuves empiriques lourdes à l'appui, que :
1) Les électeurs ne votent pas suivant leur intérêt mais suivant leur conception de l'intérêt général
2) Les électeurs se trompent lourdement sur au moins 4 grands thèmes et subissent 4 biais correspo... (show more)
(désolé, cette application ne semble pas gérer les sauts de ligne).
Une petite merveille de la littérature économique moderne sur le thème de l'économie politique.
L'auteur remet en question l'hypothèse de rationalité des électeurs. Il affirme, preuves empiriques lourdes à l'appui, que :
1) Les électeurs ne votent pas suivant leur intérêt mais suivant leur conception de l'intérêt général
2) Les électeurs se trompent lourdement sur au moins 4 grands thèmes et subissent 4 biais correspondants : une méfiance vis-à-vis des étrangers, une sous-estimation des vertus du marché, une vision du marché du travail comme un stock de jobs, un pessimisme exagéré quant à l'état de l'économie.
Après avoir montré, en s'appuyant sur des données, que l'écart entre ce que pensent les économistes et les non-économistes ne peuvent s'expliquer ni par des biais idéologiques, ni par des différences de revenus, l'auteur présente la théorie classique de l'électeur rational et développe sa théorie alternative de l'électeur irrationnel.
Dans un exercice de modélisation bien ficelé, il montre les faiblesses logiques de l'économie politique classique et montre comment une légère modification des hypothèses de la théorie standard permet, tout en conservant les méthodes de l'économie orthodoxe, d'expliquer de manière très intuitive une grande partie des phénomènes que l'on observe en politique (y compris pourquoi des gens rationnels dans leur vie de tous les jours peuvent être irrationnels quand ils se retrouvent dans l'isoloir).
Son modèle s'appuit sur l'idée des "préférences sur les croyances". Les individus aiment croire certaines idées qui sont plus réconfortentes que d'autres. Ce bien-être psychologique est coûteux lorsque les individus doivent assumer les conséquences économiques de leurs croyances mais ce n'est pas le cas en politique. En effet, chaque vote ayant une probabilité infime de changer la donne, les individus peuvent exprimer librement ce qu'ils "aiment penser" sans avoir à en payer le prix.
Il termine en pointant du doigt l'ineptie du "fondamentalisme pro-démocratie" et la fausseté des accusations contre les économistes de "fondamentalistes du marché" (bien que le lien logique qui justifie l'opposition entre marché et démocratie ne soit pas entièrement clair). Cette vision pessimiste sur les perspectives de la démocratie se termine par une note d'espoir, teintée d'une touche d'arrogance : les économistes doivent sauver nos sociétés en éduquant les masses.
Ce livre s'illustre par une rigueur digne de la science économique : les études empiriques sont sans cesse sollicitées (le nombre de références dans la biblio est impressionant), la théorie n'est pas laissée de côté, les auteurs des sciences politiques sont également convoqués et le fil du raisonnement apparait très clairement du début à la fin à travers une logique implacable.
Même si vous n'approuvez pas les conclusions, les arguments ne peuvent pas vous glisser dessus sans vous atteindre. Une lecture indispensable pour tous ceux qui s'intéressent à la question de l'efficience du système démocratique. (show less)